DATE
2019 – 2020
CRÉDIT PHOTOGRAPHIQUE
@ Stephan Julliard
Conception et réalisation de l’architecture intérieure et de l’ameublement de l’Hôtel de Pourtales, rue Tronchet à Paris.
Création d’une collection de mobilier sur mesure pour le lieu.
11 suites, 1200 m2
C’est en 1839 que l’hôtel de Pourtalès a été construit par Félix Duban, architecte des Beaux-Arts de Paris, à la demande du banquier, diplomate et collectionneur d’origine suisse, le comte de Pourtalès.Niché dans le quartier parisien de la Madeleine, le bâtiment a été imaginé dans le style néo-renaissance : ses arcades, pilastres, frises, ou encore sa cour intérieure, évoquent ainsi le palazzo toscan idéal. Apparié à l’immeuble contemporain attenant, pour devenir le luxueux hôtel No Address en 2010, il a attiré une clientèle de célébrités, telles Madonna, Prince et Leonardo di Caprio, Il fait désormais peau neuve sous la direction de l’architecte Agathe Labaye et devient l’Hôtel De Pourtalès.
Le projet se concentre avant tout sur les typologies d’architecture afin de donner une cohérence à un ensemble composite qui fait se confronter l’univers classique du 19e à la contemporanéité du 21e siècle. Ces deux expressions architecturales s’harmonisent par une gradation chromatique qui structure l’environnement intérieur en relation avec l’extérieur, et interprète des temporalités distinctes afin d’assurer la cohésion de chaque partie à l’ensemble. Une identité commune lie chaque espace malgré leur caractère propre, permettant aux clients de retrouver une atmosphère familière.
L’hôtel se compose de deux chambres et de neuf suites de 95 m2 à 367 m2, réparties sur sept étages avec un jardin luxuriant dans la cour centrale et des terrasses végétalisées aux premier et deux derniers étages. Des espaces aux tonalités chaudes et lumineuses, rehaussés de touches de vert et jaune, entrent en résonance avec cette végétation foisonnante. L’atmosphère classique du 19e siècle des niveaux intermédiaires s’accorde, quant à elle, avec une déclinaison de teintes sourdes et enveloppantes, mettant en exergue les voûtes et charpentes d’origine.
Les temporalités sont également retranscrites à travers une sélection attentive de mobilier sculptural. Les icônes de Perriand, Rietveld, Scarpa ou Le Corbusier côtoient les créations de la jeune garde du design français, comme Garnier & Linker ou Studio Pool. Les intérieurs coutures sont imaginés pour créer l’illusion d’un chez soi, invitant les clients à se les approprier le temps d’un séjour.
De la conception du lobby de l’hôtel, à la collection de mobilier sur mesure, imaginée en collaboration avec l’artiste Florian Sumi, on lit en filigrane l’hommage rendu par Agathe Labaye à l’architecte Félix Duban. Discrètement niché au sein de la cour, le vestibule s’affirme comme une réinterprétation de la vision dix-neuvièmiste de la Renaissance par Duband. L’ornement de la cour se prolonge dans l’entrée avec une série de colonnes qui la dote de symétrie et de proportions justes. Le plafond est orné d’une fresque, tandis que la palette de couleurs « brulées » fait référence à Pompéi. Le résultat donne au visiteur le sentiment d’entrer dans une demeure privée. Intimité intemporelle de l’Hôtel de Pourtalès.
Quel a été le programme pour la décoration de l’hôtel ?
On ne m’a pas vraiment donné de briefing, ou du moins, il fut assez bref. Mon client m’a vraiment fait confiance. On m’a simplement demandé quelque chose d’élégant, clair et doux, où tout le monde pouvait se retrouver.
Quels ont été les points forts du bâtiment ?
Ce lieu est incroyable par la disparité de ses espaces. Ses 1.200 m2 sont partagés en suites de taille très variable, de la petite chambre cosy au penthouse avec sa terrasse d’où on peut profiter d’une vue spectaculaire à 360° sur tout Paris.
Et les défis ?
Le principal a été le timing du projet, qui était plutôt serré. Ensuite, j’avais la contrainte de ne pas pouvoir toucher au bâti. Je devais alors transformer l’espace sans qu’il puisse varier architecturalement.
Quel est l’esprit que vous avez souhaité donner au lieu ?
La recherche d’harmonie est quelque chose qui est propre à ma pratique en général. Je préfère créer de l’effet à travers les détails : un détail de passementerie, par exemple. Ce que j’ai voulu créer, avant tout, c’est un espace où l’on se sente bien. Pour moi, les hôtels doivent être très reposants et permettre de se recentrer très vite, dans une ville qui n’est pas familière. Dans le fond, ils doivent être surprenants, mais familiers.
Pouvez-vous dire quelques mots sur la grande peinture murale dans le Duplex Jardin ?
En général, je souhaitais pour l’hôtel des éléments sur mesure. Ainsi, j’ai collaboré avec la céramiste Charlotte Jankowski sur une petite collection de vide-poches, pour laquelle nous avons développé un émail particulier. Pour la grande volumétrie de l’appartement en duplex, je voulais aussi quelque chose de dédié. J’ai pensé au travail de Redfield & Dattner, car j’imaginais un paysage intérieur, un horizon -une référence à la présence de la peinture de très grands formats dans les intérieurs 19ème. J’avais envie qu’elles jouent avec le jardin luxuriant de la terrasse de cet appartement et surtout avec la lumière incroyable, qui y entre et change au gré du jour. Austin [Redfield] et Violette [Dattner] ont alors créé une palette faite de tonalités de brique, sauge et anthracite, venant du mobilier, qu’elles ont faite vibrer avec des reflets d’or. On a l’impression d’être plongé au cœur d’un bois ou d’un tableau préraphaélite.
L’hôtel est destiné à quelle clientèle ?
Une clientèle qui ne souhaite plus aller dans des hôtels, qui préfère l’anonymat qu’offre ce lieu. Il a beau s’appeler ‘hôtel’, il s’agit plutôt d’une résidence. Chaque suite est aménagée comme un appartement, avec un service ultra-dédié et sur mesure : le personnel est capable de répondre à tout type de demande.